• Chapitre 1

    -1-

     

     

    Téora

    Cela faisait deux ans que je m'étais installée dans la banlieue de Brooklyn avec mon fils. J'avais quitté les buildings de New-York et le bruit incessant de la circulation pour un endroit calme sans être loin de mes parents. 

    J'avais contracté un emprunt pour acheter ma maison, ne voulant rien à devoir à mes parents, qui ont crié haut et fort qu'ils avaient de quoi m'offrir une maison spacieuse. J'ai tenu bon en refusant l'argent qu'ils voulaient me donner. 

    Je n'ai pas une maison immense, de toute façon, vu qu'on était seul avec mon fils, deux chambres nous suffisaient amplement. 
     1 - trois ans plus tard

    Loan a fêté ses trois ans, c'est un petit garçon agréable, mais qui n'aime pas aller à la garderie quand je travaille. Je n'ai pas les moyens de faire venir une nounou à la maison pour le garder, alors parfois le soir quand nous rentrons, il est grognon, comme ce soir. 

    Il était dix-neuf heures quand nous sommes enfin rentré au chaud. L'hiver était installé depuis plusieurs semaines et la neige, qui faisait le bonheur de Loan, faisait mon malheur. Les routes étaient impraticables malgré le passage de la déneigeuse, j'ai dû faire très attention et surtout rouler comme un escargot pour éviter que la voiture ne parte sur le bas côté. La neige, ça peut être jolie, mais quand ça gèle dessus, c'est franchement la galère. 

    Loan a été grognon tout le long de la route, et encore plus maintenant que nous prenons un sandwich vite fait en guise de repas. 

    - L'est où mon papa ? 

    J'ai arrêté de mâcher ma bouchée. Je ne m'attendais pas du tout à ce genre de question. Il ne m'avait jamais demandé s'il avait un papa et moi, je n'étais pas prête à lui dire que son père était en prison. 

    Je n'ai eu aucune nouvelles de la part de JD, j'en avais par Leila et Blake, mais rien venant de lui. Si au départ, ça me faisait mal, à la longue, j'ai compris qu'il était passé à autre chose. 

    Leila m'a dit que Liath et lui étaient sortis depuis six mois, et il n'a pas jugé utile d'appeler pour avoir des nouvelles de son fils. J'ai fait promettre à Leila et Blake, de ne pas lui donner mon adresse. Il avait mon numéro de téléphone et si la paternité lui faisait envie, il n'avait qu'à m'appeler. 

    1 - trois ans plus tard

    - Maman, l'est où mon papa ? 

    Je sors de mes pensées et je regarde mon petit homme qui me fixe à présent, attendant une réponse. Je ne sais pas quoi lui dire, mais vu sa moue toute tristounette, il faut que je lui parle. 

    - Ton papa habite très loin mon chéri, lui répondis-je évasivement.

    - Il me n'aime pas alors, me lance t'il les yeux embués de larmes.

    Mon cœur s'est brisé une nouvelle fois en entendant ses mots. JD me l'avait brisé il y a plusieurs années, mais je ne pensais pas avoir encore plus mal aujourd'hui. Comment expliquer à mon bébé que son papa était un hors-la-loi qui ne pensait qu'à lui. 

    Je prends une grande respiration et j'explique à Loan. 

    - Si, ton papa t'aime Loan, mais il habite très très loin. 

    - Alors, il a qu'à vinir.

    - Venir, on dit "venir" Loan. 

    Il me fixe en fronçant les sourcils. 

    - Le papa de Paul, il vient le chercher à la gaderie, moi mon papa vient pas. 

    - Mais tu as une maman qui vient te chercher et qui t'aime plus que tout, lui répondis-je avec amour. 

    - C'est pas pareil, me lance t'il en boudant. 

    Je n'ai pas voulu répondre, je ne savais pas lui dire en fait. Nous avons fini de manger notre repas, je lui ai fait prendre un bon bain bien chaud et j'ai joué avec lui, faisant des bulles avec le savon. Il a oublié, ne serait-ce qu'un instant, le manque de son père. 

    Après l'avoir mis en pyjama et emmitouflé dans sa couette, je me suis assise sur son petit lit pour lui lire une histoire. Sauf que Loan, ne voulait pas une histoire.  

    1 - trois ans plus tard

    - Veux mon papa moi, pleurniche-t-il. 

    - J'essaierais de l'appeler pour que tu lui parles, murmurais-je.

    - Demain ? 

    - Non pas demain, demain, je travaille et tu vas à la garderie, dimanche, on va passer Noël chez papi et mamie. 

    - Quand alors ? 

    - Quand nous reviendrons à la maison, lui répondis-je en l'embrassant sur le front. Dors maintenant, il est vraiment tard. 

    J'ai éteint la lumière et mis la veilleuse, malgré ses petits yeux bleus fermés, je voyais quelques larmes couler sur ses petites joues joufflues. J'avais vraiment mal au fond de moi, j'aime mon fils, mais je ne suis pas prête à faire le premier pas. Si JD voulait voir son fils, il n'avait qu'à m'appeler. 

    J'ai fermé la porte de sa chambre et je suis entrée dans la salle de bain, laissant mes larmes glisser sur mes joues. 

    Penser à JD me faisait toujours aussi mal. J'ai essayé les mois suivant la naissance de Loan de trouver un compagnon. Ma mère m'avait présenté des « collègues » de mon père ou des fils de ses amies. Je suis sortie quelque temps avec un homme, juste des sorties au cinéma ou au restaurant, mais jamais plus loin, je n'arrivais pas à oublié le père de mon fils. 

    Après ma douche, je me suis couchée. Lumière éteinte, j'ai laissé les rideaux ouvert laissant la clarté de la pleine lune envahir ma chambre. 
    Je me suis allongée dans mon lit et j'ai regardé le plafond pendant un bon moment avant de m'endormir. 

    La sonnette de la porte d'entrée m'a fait sursauter. J'ai regardé mon radio réveil, il affichait huit heures du matin. Je n'attendais personne, mais j'imagine que Sacha, ma voisine, avait besoin que j'emmène sa fille à la garderie ce matin. Sa voiture devait être en panne encore une fois. 

    J'ai enfilé mes chaussons et ma robe de chambre. J'ai passé mes doigts dans mes cheveux pour faire un semblant de coiffage et je suis descendue doucement afin de ne pas réveiller Loan. Il était encore trop tôt et je ne travaillais que l'après-midi. 

    J'ai tenté de voir à travers la vitre de la porte, mais le givre m'empêchait de voir qui était derrière. Je ne voyais qu'une forme sombre.  

    1 - trois ans plus tard

    Pensant voir Sacha, j'ai ouvert la porte en grand, laissant le froid pénétrer à l'intérieur. Je suis restée sous le choc en voyant qui avait sonné de si bon matin. 

    - JD ! 

    - Bonjour Téora, répond-t-il simplement.   


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  • -2- 

     

    JD

     

    J'ai eu du mal à la reconnaître, elle avait changé de coiffure, ses boucles rebelles étaient lissées et elle avait une frange, mais je l'aurais reconnu tant elle n'avait pas changé. 

    Je savais que Téora et Leila étaient en contact, mais Leila n'a jamais voulu me dire où trouver Téora et mon fils. J'ai eu beau lui crier dessus, rien à faire, elle n'a pas lâché le morceau. D'un côté, j'étais hors de moi, et d'un autre, content de savoir que Téora avait une alliée de taille. 

    Liath, en tout bon geek qu'il était, a réussi à trouver son adresse. J'ai pris un billet d'avion et je suis parti sans même l'appeler avant. J'avais trop peur, qu'elle décide de partir ailleurs et trop hâte de les retrouver. 

    Trois ans, c'est long, surtout enfermé dans une cage. Je ne me plains pas, je savais ce que je risquais en transportant la drogue pour l'italien. 

    Le froid mordant m'a fait reprendre conscience que j'étais encore dehors et que le froid pénétrait dans la maison. 

    Chapitre 2

    - Tu me laisses entrer, demandais-je prudemment.

    Elle était encore sous le choc, je la comprends, c'est aussi un choc pour moi de la revoir après si longtemps à me l'imaginer entre mes bras. 

    Elle s'est vite reprise et m'a fait signe d'entrer. L'intérieur était cosy et très féminin. Elle a toujours eu du goût pour la décoration. Dans le salon, un bac rempli de jouet a envahi mon cœur. 

    J'avais hâte de voir mon fils, j'ai pensé à lui pendant trois longues années. Je n'avais qu'une photo de lui bébé que Leila avait pris à la maternité. Un petit garçon joufflu et bien portant. 

    La maison était dépourvue de cheminée, mais il y régnait une douce chaleur. Un escalier menant à l'étage trônait dans le centre de la maison. Derrière, on apercevait une table, j'imagine que c'est la cuisine. 

    Elle ferme la porte et se dirige vers la cuisine, me laissant dans l'entrée comme un con. Je décide de la suivre. Elle met la cafetière en route et me fait signe de m'asseoir. 

    - Café ? Me demande-t-elle.

    - Oui.

    Elle s'affaire sans me regarder, moi, je ne quitte pas son corps voluptueux des yeux. Elle a pris des formes depuis sa grossesse et j'avoue les apprécier, mon deuxième cerveau aussi d'ailleurs.  

    Chapitre 2

    La cuisine est à l'image de Téora, simple mais chaleureuse. Le café embaume la pièce, elle sert deux mugs et les poses sur la table. 

    Elle s'assoit à l’opposé de moi, sans m'adresser la parole. Je bois une gorgée de café, lui laissant le temps de me parler. 

    Alors que Lotus me demandait des caresses, Téora se racla la gorge. Je me tourne vers elle. Nos regards se croisent, elle ouvre la bouche puis la referme. Le doute et l'inquiétude se lisent sur son visage. 

    - Comment m'as-tu retrouvé ? 

    - Liath a réussi à obtenir ton adresse, répondis-je doucement. Téora...

    - Qu'est-ce que tu veux ? Me coupe-t-elle. 

    - Je viens voir mon fils.

    Elle ouvre grand les yeux complètement paniqués, d'un coup, je comprends, qu'elle ne lui a jamais parlé de moi. 

    Chapitre 2

    - Tu aurais dû appeler avant, me dit-elle, je l'aurais préparé à te voir. 

    - Tu ne lui as rien dit ? 

    - Dire quoi, s'emporte-t-elle sans crier, lui dire que son père est un voyou et qu'il est en prison ! Il mérite mieux tu ne crois pas ? 

    - Tu as raison, mais j'ai changé depuis. 

    - Tu as changé ? Dis-moi, tu n'es plus bikers ? Tu as une maison et un travail légal ? Tu ne sors plus ta queue devant des putains ?

    Je ne réponds pas, je la fixe ou plutôt, je fixe ses cheveux vu qu'elle a tourné la tête pour regarder la fenêtre. Elle n'ose pas affronter mon regard, je ne dirais pas qu'elle est gênée, mais plutôt blessée. 

    - Je suis toujours un biker, je suis retourné vivre auprès de ma mère durant sa maladie, et ce, jusqu'à son décès.

    Elle me regarde peiner. 

    - J'ai appris pour ta mère, Mia m'a téléphoné. Je suis désolée JD. 

    - Elle a attendu longtemps que tu lui emmènes le petit Téora. 

    - Je suis désolée, je n'arrivais pas à retourner là-bas. 

    - Ouais, mais elle est partie sans connaître son petit-fils, ça a été très dur pour elle comme pour moi. 

    Elle s'est levée de sa chaise et elle est allée laver sa tasse. Même de dos, je sais que je lui ai fait de la peine, mais autant qu'elle sache la vérité. Partir loin de ma vie, je peux le comprendre, mais laisser ma mère mourir sans avoir connu mon fils, ça, je ne peux pas le comprendre et encore moins lui pardonner. 

    Alors que ma chaise racle le sol de la cuisine, elle sursaute s'attendant à essuyer mes foudres. Sauf que je n'ai plus envie de me battre avec elle, la seule chose qui m'a fait traverser le continent, c'est voir mon fils. 

    Chapitre 2

    - Je suis peut-être un biker et un ex taulard, mais je suis père avant tout. 

    - Je n'ai jamais dit le contraire, me répond elle sans se retourner. Laisse-moi du temps pour le préparer, c'est tout ce que je te demande. 

    - Ça fait trois ans que j'attends, je pense avoir suffisamment attendu comme ça. 

    - Mamaaan ! J'ai fini le dodo, cria une petite voix à l'étage, tu viens ?

    Téora sursauta et se retourna pour me faire face. Son regard était apeuré. Pourtant, je ne lui ai jamais fait peur. Elle se reprit et lança à notre fils.

    - Maman arrive mon trésor, reste en haut. 

    - Je monte avec toi, lançais-je en me retournant.

    - Non attends ! JD s'il te plaît, attend. 

    Je lui prends les bras pour l'arrêter, la colère l’envahie d'un coup.  

    Chapitre 2

    - Attendre quoi Téora ? Putain, mais dis moi pourquoi je devrais attendre plus longtemps ? 

    - Juste le temps que je lui parle de toi, chuchote-t-elle. Dimanche, c'est Noël et je vais chez mes parents. Lundi, tu pourras lui parler. 

    Je relâche ma prise sur ses bras. 

    - OK. Rendez-vous lundi, et pas de vague Téora, je te retrouverais où que tu ailles. 

    - Je n'ai pas l'intention de partir, souffle-t-elle méchamment. 

    - J'ai une chambre à la pension de famille, tu m'y trouveras si tu changes d'avis. 

    - Mamaaan ! Mon ventre, il a faim ! 

    - J'arrive, trésor ! 

    - Va t'occuper de lui, je connais le chemin. À lundi Téora. 

    J’attrape mon blouson que j'avais laissé sur la rampe d'escalier et je quitte la maison. Lundi, je ferais la connaissance de mon fils, j'ai vraiment hâte. 


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  • -3-

     

    Téora 

    Je suis restée un moment dans la cuisine, comme figée par la présence de JD après tout ce temps. Quand il a posé ses mains sur mes bras, j'en ai eu des frissons, pas de peur, mais de ce désir qui n'a jamais quitté mon corps. Son parfum épicé, la chaleur de ses mains à travers mon peignoir, son souffle chaud parfumé de caféine. Gourde comme je suis, il m'aurait embrassé, je l'aurais laissé faire. 

    - Mamaaaan !

    Sortie de mes pensées par la voix stridente de mon fils impatient, je suis montée dans sa chambre. Je l'ai pris dans mes bras et je l'ai serré fort sans pour autant l'écraser.

    Chapitre 3

    - J'ai faim, maman, gémit-il dans mes bras.

    - Je vais te faire à manger mon ange. 

    Je l'ai descendu dans la cuisine et installé dans sa chaise. Tout le temps dont je préparais ses céréales et lui servait un verre de lait tiède, comme il aime, il me parlait de tout et de rien. Jusqu'à ce qu'il me demande qui était le monsieur qui parlait si fort tout à l'heure. 

    - Il grondait fort le monsieur.

    - Mais non chéri, il parlait trop fort. Tu n'as pas l'habitude.

    - C'était qui maman ?

    Je pourrais lui mentir, lui dire que c'était un voisin en colère à cause de la neige, mais je n'y arrivais pas. 

    J'ai posé son bol et son verre sur la petite chaise et je me suis assis en face de lui, un bol de céréale et un café en guise de petit-déjeuner. La visite matinale de JD m'a un peu coupé l’appétit.

    Chapitre 3

    - J'ai une bonne nouvelle pour toi mon ange.

    - Ah bon, ché quoi ?

    - Ton papa va venir te voir bientôt.

    Il me regarde avec ses grands yeux ouvert, un sourire ravi sur ses petites lèvres. 

    - Quand papa, il vient ? 

    - Après Noël. 

    - Super ! Papa va vinir ! S'écrit-il tout content. 

    - Venir, chéri, on dit « venir ». 

    Je l'ai descendu de sa chaise alors qu'il tentait de sortir tout seul et je l'ai regardé courir vers Lotus pour lui annoncer la nouvelle. Il était heureux, moi moins. 

    Tandis qu'il jouait avec ses cubes tout en parlant à Lotus, j'ai fait la vaisselle et j'ai mis la machine à tourner. Nous partons le lendemain et je voulais que tout soit propre avant notre départ. 

    La neige continuait à tomber à gros flocons, j’espérais juste qu'il n'y aurait pas de tempête qui nous empêcherait de partir. 

    Chapitre 3

    La sonnerie de mon téléphone coupa court à mes pensées. Mon cœur se mit à battre sauvagement par crainte que ce soit JD au bout de la ligne. Je regarde l'écran, et un soupir de soulagement sortit de ma bouche tandis que je voyais le logo du spa s'afficher. 

    - Allô. 

    - Téora, c'est Mérédith. Je t'appelle parce que le spa est fermé aujourd'hui, vu, le temps, le patron préfère fermer plutôt que de gaspiller de l'argent à attendre les clients.

    Une journée de repos, c'est Loan qui va être content. 

    -Ça marche, répondis-je, on se voit le trois janvier alors. Passe de bonnes fêtes Mérédith.

    -Toi aussi, profite de ton mini. Bye. 

    -Bye. 

    Une fois raccroché, je prends Loan pour aller l'habiller, même si nous restons à la maison toute la journée, j'aime bien qu'il soit habillé. 

    Monsieur n'était pas enchanté de remonter à l'étage, mais il a vite compris que je n'irais pas travailler et donc qu'il n'irait pas à la garderie. 

    J'ai passé le reste de la journée à jouer avec mon fils. Entre la démolition du château de cube et le devine qui est sur l'image, quand j'ai regardé l'heure, il était dix-neuf heures. 

    Chapitre 3

    Quand ce fut l'heure du coucher, il en avait décidé autrement. Il voulait absolument téléphoner à son papa, moi, je suis restée sur sa visite explosive du matin et je n'avais pas envie de l'entendre encore. 

    J'ai préféré lui raconter notre week-end chez mes parents et la joie qu'il ressentirait en voyant tous les cadeaux que le père Noël lui apporterait. 

    Le temps de lui mettre son pyjama, de lire deux histoires et faire des câlins, il était plus de vingt et une heure quand il a enfin fermé les yeux. 

    D'habitude le coucher est beaucoup plus facile, mais depuis qu'il sait que son papa va venir le voir, il est vraiment excité. 

    J'ai fermé sa porte et je me suis adossée dessus, j'ai soufflé un bon coup et je suis descendue ranger le salon et faire un brin de ménage.

    Chapitre 3

    J'ai mis ma dernière lessive dans le sèche-linge, demain, je plierais le tout avant de partir. Alors que j'actionnais le bouton, le son d'une notification a retenti. J'ai pris mon téléphone dans la poche arrière de mon jeans et ouvert le message. 

    JD : Tu dors ? 
    Téora : Non.
    JD : Loan dort ?
    Téora : Oui. 
    JD : J'ai été content de te voir ce matin. 
    Téora : Moi surprise. Et encore plus de voir que tu te rappelles mon numéro. 
    JD : J'aurais du t'appeler, je suis désolé.
    Téora : Oui, tu aurais dû. Je vais me coucher, bonne nuit.
    JD : Je te sens énervé dans tes mots.
    Téora : Y a pas que dans mes écrits que je suis énervée si tu veux tout savoir. 
    JD : Faut qu'on parle tous les deux, tu comprendras mieux.
    Téora : Pas besoin de parler, je connais l'histoire. Je te laisse, à lundi. 

    J'ai éteint mon téléphone pour ne plus être dérangée, ses sms m'ont mis les nerfs en pelote et j'ai eu ma dose pour la journée, qui pourtant était une journée banale, d'une mère célibataire qui travaille. 

    J'éteins toutes les lumières, vérifie que les portes sont bien fermées à clé et je monte dans ma chambre. J'ai vraiment hâte d'aller chez mes parents, au moins, je ne risquerais pas de tomber sur lui par hasard, si j'allais au supermarché.  


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  • -4- 

     

    JD

     

    Je me suis levé de mauvaise humeur, j'ai vraiment mal dormi. Non seulement le lit n'est pas aussi confortable qu'il n'y paraît mais je me suis couché en colère parce que Téora n'avait pas répondu à mon dernier sms. 

    Je sais que j'ai abusé, je sais que j'aurais dû l'appeler avant de débarquer, mais j'avais trop peur qu'elle ne quitte la ville pour je ne sais où en emmenant notre fils. 

    Sur son lit de mort, j'ai promis à ma mère que je ferais tout pour mon fils, qu'il aurait une vie différente de la mienne et qu'en aucun cas, il ne serait un Red Demon, même si Blake parle de Loan en tant que mini Demon. 

    Chapitre 4

    Il me fait rire Blake en y repensant, il n'y a plus vraiment de Red Demon, vu que nous n'avons plus de MC. L'année suivante de notre arrestation, le cartel a fait sauter notre MC. Heureusement, personne n'était à l'intérieur. Donc pas de perte humaine, juste notre matos et ma moto ainsi que celle de Liath. 

    Nous avons dû cohabiter avec Blake et Leila pendant quelque temps, puis ma mère était tombée malade. Je suis donc retourné chez elle avec Liath, jusqu'à sa mort. Le décès de ma mère a été une épreuve dont je n'étais pas préparé, surtout que je ne savais pas pour sa maladie. Mais ce qui m'a fait le plus de mal, ça a été de savoir que Téora n'avait pas une seule fois emmené le petit voir sa grand-mère. Je me demande si ce n'est pas à cause de ça que ma mère s'est laissée aller. 

    Il faisait un froid de canard, j'ai vite enfilé un gros pull et un jeans puis je suis descendu à la salle à manger. 

    Maria, ma logeuse, avait préparé le petit-déjeuner, elle me passe le bonjour et me fait signe de m'asseoir. Elle m'apporte une tasse de café et s'installe en face de moi. 

    Chapitre 4

    C'est une femme charmante, veuve, récemment, elle a décidé de louer ses chambres pour éviter de vendre sa maison. 

    - Vous avez bien dormi Monsieur Douglas ? 

    - Appelez-moi Jay, Madame Chelsey. 

    - Quand vous m'appellerez Maria, Monsieur Douglas. Alors, vous avez bien dormi ? 

    - Très bien, mentis-je, un peu froid ce matin, mais sinon, la chambre est parfaite. 

    - Oui, je sais pour le froid, la chaudière fait encore des siennes, si seulement j'avais un fils pour me réparer cette satanée machine.

    Elle paraissait vraiment gênée. Je n'étais pas un plombier de métier, mais je m'y connaissais un minimum. 

    - Si vous voulez, je peux y jeter un coup d'œil ?

    - Vous feriez ça ? 

    - Bien sûr, répondis-je, je n'ai rien d'autre à faire. 

    - Ce qui n'est pas mon cas, entre l'entretien de la maison, les courses et ce soir que je dois passer chez ma voisine, Madame Scott pour nourrir son chat pendant son absence, mes journées sont plus que rempli.

    En entendant le nom de famille de Téora, j'ai relevé le nez de mon assiette. 

    - Vous parlez de Téora ? 

    - Vous vous connaissez ? Me demande Maria surprise.

    - Oui, je la connais depuis plusieurs années maintenant. Une femme très bien.

    - Et une mère parfaite. Au début, c'est moi qui gardais le petit Loan pendant qu'elle était au travail, mais maintenant qu'il est plus grand, j'ai du mal à le suivre, du coup, il va à la garderie. Ce qui n'est pas plus mal, il est entouré d'autres enfants de son âge et pas seul avec une vieille femme. 

    Maria s'est levée de sa chaise et a pris les assiettes vides. Je suis resté un instant assis à siroter mon expresso. Comme j'entendais la machine à thé se mettre en route, je me suis retourné. 

    Je me suis levé et je suis allé rejoindre la vieille dame.

    Chapitre 4

    - Vous savez, me dit-elle, elle est souvent perdue dans ses pensées. Un jour, je lui ai demandé où était le papa de Loan, elle ne m'a pas répondu, juste fondue en larmes. C'est dur de ne pas savoir quoi dire dans ses conditions. 

    - J'imagine, répondis-je en voulant me mettre des baffes. Parfois, la vie n'est pas toujours comme nous voudrions qu'elle soit. 

    - Vous avez les paroles d'un sage, mon garçon.

    - Non Madame, les paroles d'un con. 

    Elle me regarda fixement, les sourcils relevés. Je lui ai demandé où se trouvait la chaudière voulant couper court à une conversation dont je n'étais pas prêt à avoir. 

    Elle me dirigea vers le garage et repartit dans la cuisine. 

    J'ai inspecté la chaudière, mais je n'ai rien vu qui clochait, bon en même temps, j'y connais rien. Ça aurait été un moteur de moto, là oui, j'aurais trouvé tout de suite, mais là...

    En regardant de plus près les gros tuyaux, j'ai remarqué une fuite. D'un coup, je me suis souvenu ce que faisait mon père quand j'étais enfant.  

    Chapitre 4

    Je suis reparti dans la maison et je me suis mis à purger chaque radiateur. 

    Ça m'a pris la journée complète, j'en ai même oublié le sandwich que Maria avait préparé pour moi au déjeuner. Celle-ci étant partie à son club de bridge, j'avais la maison pour moi tout seul. 

    J'ai serré quelques vis par-ci par-là, resserré les boulons de la tuyauterie de la douche, stoppé l'écoulement d'eau dans les WC, bref, en parfait, petit plombier en herbe, j'ai resserré des boulons. 

    Après le dîner, je suis monté dans ma chambre, complètement épuisé. Le temps d'enfiler mon pyjama, ou plutôt le bas de mon pyjama, mon téléphone s'est mis à sonner. Un appel visio de Téora. 

    Je me suis assis au milieu de mon lit et j'ai décroché. 

    - Joyeux Noël, me dit-elle doucement. 

    Elle était superbe, elle portait une combinaison en dentelle laissant apparaître la naissance de ses magnifiques seins. 

    - Joyeux Noël, répondis-je troublé. 

    - C'est qui maman , c'est marraine ? Demanda Loan en s'approchant de sa mère. 

    - Non mon chéri, c'est ton papa.

    Chapitre 4

    Les larmes sont montées d'un coup, en voyant la petite bouille de mon fils. Je me suis vite repris et un sourire béat s'est dessiné sur mes lèvres. 

    - Papa ? 

    - Oui Loan, je suis ton papa, répondis-je en laissant échappé une larme. 

    - Pourquoi tu pleures ? Me demande-t-il.

    - Parce que je suis heureux mon fils.

    - Tu sais, le père Noël, il va passer, mais moi, je ferais dodo. 

    - Et tu as commandé quoi au père Noël ? Demandais-je doucement. 

    - Un vélo, mais je sais pas s'il pourra me l'apporter. 

    Je vois les lèvres de Téora faire un non, et tout de suite, j'imagine la peine de mon fils en ne voyant pas le cadeau qu'il a commandé. 

    - Vous rentrez quand ? Demandais-je à Téora.

    - Lundi, en fin de journée. Tu viendras dîner avec nous ? 

    - Oh oui papa ! S'écria Loan en sautant partout. 

    - Oui, je viendrais. 


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  • -5-

     

    Téora 

    Quand j'ai ouvert la porte d'entrée, Loan s'est engouffré à l'intérieur et s'est mit à crier de joie. J'ai posé nos sacs et je l'ai suivi. Un tricycle trônait dans le salon, en dessous d'une couronne de Noël. Aucun doute, je savais qui avait déposé ça. Madame Chelsey avait dû donner la clé à JD.

    Chapitre 5

    - Un vélo ! Un vélo ! Le père noël m'a déposé un vélo ! Maman regarde !

    - Je vois chéri, il est gentil le père noël, répondis-je en repartant chercher les sacs qui se trouvaient dehors. 

    Quand je suis rentrée, Loan était monté sur son vélo, il avait encore son bonnet, son blouson et ses gants. Le sourire aux lèvres, j'ai enlevé mon manteau et j'ai monté les sacs. 

    J'ai mis la cafetière en route et j'ai pris mon téléphone.

    Téora : Tu n'aurais pas dû mais je te remercie pour Loan.

    J'ai posé mon portable sur le comptoir et je me suis servi une tasse. Loan faisait le bruit de la moto sur son vélo. Un frisson m'a parcouru le dos en pensant qu'il pourrait tenir de son père et de son grand-père et aimer rouler sur deux roues à vive allure. 

    D'un coup, j'ai entendu le miaulement de Lotus, un miaulement peu habituel. J'ai posé ma tasse et je me suis rendue dans le salon. Loan fonçait sur Lotus avec son vélo. 

    - Loan, ne fais pas ça ! Lançais-je d'une voix sévère. 

    - C'est Lotus qui s'est mit devant.

    - On ne fait pas de vélo dans la maison. Joue avec tes jouets. 

    Chapitre 5

    - Non, c'est mon vélo, me répondit Loan en fronçant des sourcils.

    Quand il faisait ça, j'avais l'impression d'avoir son père en face de moi, et la colère qui s'emparait de moi n'était pas bonne pour le petit. 

    J'ai fait des respirations pour me calmer et je me suis accroupie à la hauteur de mon fils.

    - Je sais que c'est ton vélo, mais je te demande de ne pas en faire dans la maison. 

    - Mais maman ! 

    - Y a pas de « mais »  je t'ai dit non.

    Il s'est mis à pleurer en quittant le vélo. Mon cœur s'est fendillé, mais je devais tenir bon. J'ai pris le vélo et je l'ai emmené dans le garage. Quand je suis revenue dans le salon, Loan s'était allongé sur le canapé en pleurant en silence. 

    Je suis retournée dans la cuisine finir le repas. JD n'allait pas tarder à arriver et je voulais que tout soit parfait. 

    Alors que je sortais le rôti du four, un léger coup frappé sur la porte d'entrée m'annonce qu'il est rendu. 

    J'ai ouvert la porte avec un sourire figé, il est entré, a posé ses lèvres sur ma joue et a retiré son blouson. 

    - Merci pour le vélo, murmurais-je. 

    - Il était content ?

    - Oui. Mais j'ai dû lui enlever et du coup, il est triste.

    - Il est dans sa chambre ? 

    - Non, sur le canapé, il s'est endormi. 

    Il me fit un signe de tête et il est allé rejoindre son fils tandis que moi, je retournais à la cuisine. 

    J'ai mis le couvert et préparé la purée pour Loan. Une fois tout prêt, j'ai appelé les garçons. 

    Loan était perché sur les épaules de son père, JD l'a installé dans sa chaise haute et nous nous sommes attablés. 

    - Maman a eu raison Loan, le vélo s'est pour dehors, comme pour les motos. 

    - Peux pas dehors, fait froid, chuchote mon fils.

    - Et bien, tu en feras quand la neige partira.

    Chapitre 5

    - J'aime pas la neige, bougonna le petit. Maman méchante.

    Le choc m'a coupé la respiration d'un coup. Je n'ai pas eu le temps de répondre, JD l'a fait pour moi et d'un ton sévère.

    - Loan tu ne doit pas dire ça ! Maman est gentille et si elle te gronde, c'est pour ton bien. Dans la vie, on ne peut pas toujours avoir ce qu'on veut.

    - Mais...

    - Non, demande pardon à ta maman, lance JD sévèrement.

    - Pardon, maman, murmura Loan.

    La fin du repas a été tendu, enfin, pour ma part. Loan a énuméré les cadeaux qu'il avait eus pour Noël. 

    Comme Loan baillait, je me suis levée pour aller le coucher. JD s'est proposé de le faire. Il s'est levé et a pris notre fils dans ses bras. 

    - Le pyjama est sur son lit, il lui faut une histoire pour l'endormir, chuchotais-je. 

    Je suis passée devant lui avec les assiettes sales et je les ai laissé monter tous les deux.  

    Chapitre 5

    C'est la vie que j'aurais voulu avoir, il y a trois ans de ça, la vie dont j'ai rêvé pendant tout ce temps, lui, moi et notre fils. 

    Mais voilà, la vie n'est pas toujours comme nous voudrions, surtout la mienne. Pendant trois ans, elle a été ponctuée par des « et si... », quand Loan est né, je l'ai imaginé dans les bras de son père, au lieu de ça, j'étais seule. Sans Leila, je pense que j'aurais sombré. 

    Le rire de Loan m'a fait sortir de mes sombres pensées. J'ai lavé la vaisselle et rangé la cuisine. Quand JD est descendu, j'avais tout rangé. 

    Nous nous sommes installés dans le salon, il m'a demandé de lui parler de notre fils, ce que j'ai fait avec bonheur. Ce petit bonhomme était ma vie et j'aimais parler de lui. 

    JD m'a écouté, content que je partageais avec lui mes souvenirs. Je lui ai montré l'album de sa naissance, j'ai partagé avec lui les petits moments, comme sa première dent et ses premiers pas. Quand j'ai relevé la tête de l'album, il avait les larmes aux yeux. 

    Chapitre 5

    - Je me maudis chaque jour pour avoir raté tout ça, me lance-t-il.

    - Je ne sais pas quoi te dire Jay. Te dire que tu l'as cherché serait petit et méchant. 

    - J'aimerais le voir grandir Téora. 

    - Je ne quitterais pas ma maison et mon travail, lui répondis-je et je sais que tu ne quitteras pas ton MC et ta vie de bikers. Nous venons de deux mondes différents.

    Je l'ai regardé se lever. J'imaginais qu'il allait partir, mais non. Il marchait dans le salon tout en réfléchissant. Ses épaules étaient tendues et je pouvais apercevoir ses veines se dessiner sur ses mains sous la tension. 

    - J'ai passé les trois plus longues années de ma vie à me demander ce que tu faisais, si tu avais trouvé quelqu'un pour me remplacer dans ta vie et dans la vie de Loan. Trois longues années à me maudire pour mes choix.

    - Je n'ai personne dans ma vie à part Loan. 

    Il s'est retourné d'un coup, faisant tomber son blouson qui était suspendu à l'escalier. 

    - Comment aurais-je pu, murmurais-je. Quoique tu aies fait, tu es le père de notre fils et le seul homme dont j'ai été réellement amoureuse. 

    - Téora...

    - Non, laisse moi finir Jay. 

    Il me fait signe de poursuivre, il se rassoit sur le canapé et je me mets à ses côtés. 

    - L'amour, le véritable amour, je l'ai connu avec toi. Cet amour qui peut te détruire au plus profond de toi, celui qui peut te donner tant, mais qui peut te briser.

    Avant que je puisse rajouter un mot, il m'a soulevé du canapé et m'a posé sur ses genoux. Je sais que ce n'est pas une bonne idée, mais là, dans l'instant présent, j'avais besoin de lui. 

    Nous nous sommes regardé sans rien dire, juste écouter nos respirations. Alors qu'il se rapprochait de ma bouche, je l'ai repoussé légèrement. 

    - Nous ne devrions pas faire ça Jay, chuchotais-je.

    - Pourquoi ? Tu en as autant envie que moi Barbie.

    Chapitre 5

    Il posa sa main sur ma nuque pour me rapprocher et me prit la bouche sauvagement en un baiser qui m'aurait fait tomber à terre s'il n'avait pas eu son autre main sur mes reins pour me retenir. 

    J'ai éteint mon cerveau et allumé mon cœur.

    - Tu es à moi, chuchote JD contre ma bouche.


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